La chronique vinicole

Faut-il se fier aux millésimes?

On me pose souvent la question à propos d’un millésime à savoir s’il s’agit d’un bon ou d’un mauvais. S’il s’agit d’un bon millésime, on achète sans hésiter. Dans le cas contraire, on est tenté de laisser le produit sur les tablettes. Quand on sait que la très grande majorité des vins vendus à la SAQ sont bus dans l’année suivant la date d’achat, on se demande pourquoi ce critère importe tant aux yeux des consommateurs.

Prenons pour exemple le millésime 2005 à Bordeaux. Pour certains, il s’agit du millésime du siècle. S’il est vrai que dans l’ensemble du bordelais ce millésime, élevé au rang de millésime mythique, a réuni toutes les conditions nécessaires à la réussite d’une bonne vendange, cela n’est pas un gage de qualité pour autant. Un vigneron me disait récemment « ne me jugez pas dans les bons millésimes, car lorsque les conditions sont parfaites je n’ai pas à travailler très fort. Par contre, c’est dans les mauvais que je me distingue, car j’ai à redoubler d’ardeur. C’est dans ces conditions que j’inculque ma personnalité au vin ».

Une mauvaise année pour un vigneron consciencieux est souvent synonyme de rendement plus faible et en fin de compte cela se traduit surtout par une diminution de la quantité de bouteilles mises en marché. Le produit n’est pas nécessairement de moins bonne qualité. Lors de ces « mauvais millésimes », on assiste également à un phénomène assez répandu chez les producteurs qui se soucient de l’image de leurs produits c'est-à-dire le déclassement d’une partie si ce n’est de la totalité de la production. Lorsque cela ce produit, le maître de chai jugeant que tel ou tel lot n’étant pas digne d’entrer dans la composition du premier vin, il décline ces lots qui se retrouveront alors dans le second vin ou même dans le troisième vin si tel est le cas. Dans ce cas, le second vin se voit bonifié, ce qui n’est pas nécessairement le cas lors des grands millésimes.

Ceci dit, un bon vin issu d’un grand millésime mérite qu’on attende un peu avant de le boire. Un grand château bordelais issu du millésime 2005 est encore beaucoup trop jeune. Il faudra attendre encore cinq ou sept ans avant de le consommer à sa juste valeur. Entretemps, on peut se rabattre sur les seconds vins issus des « petites années » ou sur les années moyennes des premiers vins.

Suggestions de la semaine :

Clos de la Briderie, Vieilles Vignes, Touraine Mesland, 2008, Code SAQ : 977025 Prix : 16,85 $

Issu de l'agriculture biodynamique. Voici un vin réussi et représentant un excellent rapport qualité-prix. Composé de gamay, de malbec et de cabernet franc, il dévoile une robe de couleur rubis avec des reflets violets. Le nez est expressif avec des arômes bien définis de poivron, d'herbes fraîchement coupées, de framboise et de mûre. On y discerne également des odeurs de sous-bois et de terre humide. La bouche est fraîche avec des tannins fins, mais présents. Les saveurs de mûre dominent et s'accompagnent de notes de poivron et de sous-bois. Les amateurs de vins plutôt légers seront comblés par ce vin qui se distinguera, lorsque servi avec des mets à base de veau, petit gibier à poils, de la volaille, un filet de porc ou des charcuteries.

Dogajolo, I.G.T. Toscana, 2008, Code SAQ : 978874 Prix : 17,80 $

Le producteur toscan Carpineto à qui l’on doit le fameux Farnito et quelques Chianti-Classico, Vino Nobile de grande qualité, confectionne aussi un vin très sympathique nommé Dogajolo. Un vin que le producteur qualifie lui-même de « Baby Super Toscan ». Il est muni d’une robe de couleur rubis assez profonde. Le nez dévoile des notes de prune, de mûre et de fraise ainsi que des effluves de café torréfié de vanille et de chêne neuf. La bouche est joufflue et assez corsée. Les saveurs qu’on y perçoit sont fidèles aux arômes détectés à l’olfaction. La finale nous laisse sur des notes de cuir et de cacao. À boire jeune, sur son fruit, avec des pâtes à l’italienne, des viandes rouges, du gibier à poils ou un confit de canard.

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Jean-Louis Doucet
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