La chronique vinicole

Pourquoi noter les vins?

Dans mon métier de chroniqueur et d’écrivain, je dois me soumettre à un exercice qui n’est pas toujours évident, celui de noter les vins. Pour mon guide « Les meilleurs vins de 10 à 30 $ », j’utilise le système d’étoiles. 2,5 étoiles est selon moi la note de passage ou si vous préférez 50/100. Dans le cas où le vin ne coûte que 10 ou 12 $, c’est suffisant pour qu’il soit considéré comme correct, mais s’il coûte 20 $, ce n’est pas acceptable. Un vin ayant bénéficié d’une note de 3 étoiles représente un vin qui se situe juste au-dessus de la moyenne, sans être considéré comme étant un produit particulièrement exceptionnel. À 3,5 étoiles, on commence à parler de produit de très bonne qualité. Certains coups de cœur se retrouvent avec une note semblable. À 4 étoiles on a affaire à un vin tout à fait remarquable, une perle à ne pas manquer, mais ces vins sont plutôt rares. On retrouve des vins qui ont bénéficié d’une note de 4 étoiles dans mon guide, ce qui est fort respectable quand on considère qu’aucun des produits y figurant ne dépasse la barre des 30 $. 4,5 étoiles équivalent à un vin d’exception. Le genre de vin qui vous rapproche du Paradis. On joue dans la cour des grands, ou à tout le moins nous sommes dans l’antichambre des meilleurs. La perfection (qui n’existe pas) est de 5 étoiles. Il y a peut-être des vins qui méritent cette note, mais ils sont très rares. Un Montrachet ou un Romanée Conti, peut-être, mais encore, dans les meilleurs millésimes. Mais il n’y a pas de Montrachet ni de Romanée Conti dans mon guide, ni dans mes suggestions de la semaine. Malheureusement.

Tout ça pour dire qu’en fait, il s’agit d’une manière de faire qui vise à « quantifier » notre appréciation, mais c’est très subjectif. Le vin c’est souvent une affaire de cœur, d’émotion et il est très difficile de mettre un chiffre ou un nombre d’étoiles sur des émotions. Au lieu d’étoiles, on pourrait employer des cœurs, ça serait plus charmant (je pourrais proposer ça à mon éditeur, je ne sais pas comment il réagirait), mais l’idée derrière cela serait la même. En ce qui me concerne, la notation des vins, sous toutes ses formes, est un mal pour un bien. Il sécurise certaines personnes. Mais il s’agit d’une référence comme une autre. Le hic c’est d’y accorder autant d’importance, comme s’il s’agissait de la parole de Dieu.

Il y a belle lurette que j’ai abandonné le système de pointage qui évalue les vins sur une échelle de cent. Wine Spectator, Robert Parker, James Suckling et autres « grands penseurs » emploient cette formule qui est, selon moi, une forme de sensationnalisme, du spectacle journalistique, en quelque sorte. Il n’est pas rare de voir dans ces revues ou blogues, des vins ayant bénéficié d’une cote de 90/100 ou de 93/100 alors qu’ils sont bons, mais pas exceptionnels pour autant. Pourquoi ne pas évaluer les vins sur une échelle de dix au lieu de cent ? On pourrait donner une note de 9/10 à un vin d’exception ou de 8/10 à un excellent produit. L’équivalent de 4 étoiles en fait. Mais non, cela n’est pas aussi percutant, car c’est ça le but, mettre des gros chiffres pour que ça fasse « BIG », comme dirait notre Elvis Gratton national. À quand une cotation sur mille? J’imagine ça d’ici « Ce vin a bénéficié d’une cote de 975/1000. Mais il n’est pas aussi bon que l’autre qui lui a reçu la note de 990/1000 ». Ridicule. Bon, je me calme.

Ce qui m’a donné l’idée d’écrire sur le sujet c’est que dernièrement sur le site de la SAQ on propose plusieurs recommandations du blogueur américain, autrefois du Wine Spectator, James Suckling. Je ne questionne pas le fait qu’on ait demandé à un américain de faire l’exercice, même si on a des personnes aussi, sinon plus compétentes que lui ici dans notre cour (Michel Phaneuf, Jacques Orhon, François Chartier, etc.) et qui de plus, sont plus proches de nous en matière de goûts (règle générale, les Américains n’ont pas les mêmes goûts que nous en matière de vin et culinaire). Ce qui m’exaspère c’est qu’on y voit sur cette liste des vins de bonne qualité, certes, mais qui sont loin d’être des produits d’exception et qui ont reçu des scores faramineux de 90/100 et même de 93/100. Personnellement ça me renverse de voir ça. C’est du spectacle, rien que du spectacle. Ni plus ni moins. Mais ça fait vendre et la SAQ a soif de dollars, c’est bien connu.

Le débat autour de la cotation des vins n’est pas nouveau et il ne s’éteindra pas avec cette chronique. Mais je pense qu’il y a une certaine exagération qui ne sert pas nécessairement les intérêts des acheteurs. En fin de compte, les consommateurs se sentent lésés, floués, bernés par ces grands « gourous » qui tentent, par ce stratagème, de leur faire croire qu’ils ont affaire à des vins d’exception alors qu’il n’en est rien. Ce qu’il faudrait, ce serait un code de conduite stricte. Une sorte de protocole qui régirait la façon de faire, mais encore là, il y aurait certainement des débordements de la part de certains showmen, grandes-gueules ou kid-kodak qui pullulent dans les médias, que ce soit à la télé, sur le web ou dans la presse écrite. Comme dans le cas de l’alcool, la modération a bien meilleur goût.

Suggestions de la semaine :

Les Vignes retrouvées, Saint-Mont, France, 2008, Code SAQ : 10667319, Prix : 15,55 $

Voilà un vin qui se démarque par son originalité. Élaboré à base des cépages locaux gros manseng, arrufiac et petit courbu dans des proportions de 60-20-20, il a tout pour plaire aux amateurs de vins expressifs et fruités. La robe expose une couleur dorée assez profonde. Au nez, il dévoile de puissants parfums de miel, de papaye, d’écorce d’orange et d’épices. La bouche est ample, puissante, fraîche et très sapide. Les saveurs de fruits tropicaux occupent littéralement le palais, sans pour autant assaillir nos papilles qui en redemandent. Il sera à sa place autant à l’apéritif qu’en accompagnement de poissons ou fruits de mer rehaussés de cari.

Coudoulet de Beaucastel, Côtes-du-Rhône, France, 2008, Code SAQ : 973222, Prix : 29,80 $

Véritable incontournable que ce vin d’une droiture exemplaire. Il est élaboré à base des cépages traditionnels de l’appellation, soit 30 % de grenache, 30 % de mourvèdre, 20 % de syrah et 20 % de cinsault. Le résultat est tout à fait charmant. Il affiche une robe rubis, moyennement profonde. Le nez est expressif et nuancé, avec des notes bien définies de fruits noirs et rouges, de prune, de baies des champs confites, de réglisse, de poivre et de garrigue en toile de fond. La bouche est sapide, avec une trame tannique fine et bien constituée. Fidèle aux accents perçus à l'olfaction.

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Jean-Louis Doucet
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