La chronique vinicole

Les mauvais millésimes... pas si mauvais que ça!

La plupart du temps, les consommateurs vont à la SAQ ou à n’importe quelle boutique de vins pour les gens vivant ailleurs qu’au Québec, achètent un vin et le consomment soit le jour même, soit dans les jours qui suivent. Rarement, même s’il y en a de plus en plus, ces vins sont conservés dans une cave ou un cellier pour y être dégustés plus tard. Sauf exception, ces vins ont deux, trois ou quatre ans, parfois tout juste un peu plus et parfois moins. Quelle est donc l’utilité de se procurer des vins issus de grands millésimes dans ce cas. Certains vins issus d’appellations prestigieuses comme Saint-Estèphe ou Pauillac dans les grandes années comme le millésime 2000 seront à leur meilleur après dix, voire quinze ans. Par contre, dans le cas d’un millésime comme 2002 (une année très en deçà des standards), il sera prêt à boire bien avant, soit après quatre, cinq ou six ans. Dans ce dernier cas, il déclinera rapidement par la suite.

J’ai observé récemment, à la suite de plusieurs verticales de grands vins, comment les vins relativement jeunes et issus de grands millésimes sont généralement décriés par la majorité des dégustateurs et qu’à l’inverse les vins nés d’années difficiles avaient la cote chez ces mêmes personnes. Je ne parlerai pas des vins plus âgés qui laissent certaines personnes perplexes, que ces vins soient issus de grands millésimes ou non, car ça c’est une autre histoire puisque la dégustation de vieux vins est un exercice qui s’apprend avec le temps et qui s’apprivoise lentement. Évidemment, ici lorsqu’on parle d’années difficiles, on n’évoque pas les années carrément mauvaises, mais bel et bien les années moyennes.

Lors d’une verticale de Sassicaia (appellation Bolgheri Sassicaia, Toscane, Italie) à laquelle j’ai pris part récemment nous avions entre autres un vin issu du millésime 2002 (millésime très ordinaire, 6/10 dans le guide du vin de Michel Phaneuf), un autre du millésime 1997 (année exceptionnelle, 10/10 dans le guide du vin) et pour terminer un 1996 (année ordinaire, 7/10 dans le même guide). La plupart des participants ont trouvé le 2002, prêt à boire, juteux, plein de fruits et tout à fait savoureux. Il a fait incontestablement l’unanimité. En version 1997, ce vin a laissé les participants perplexes. Peut-être que les attentes étaient trop grandes? Les qualificatifs comme plus fin, plus délicat, moins expressif que le 2002 fusaient de toute part. La déception se lisait sur les visages. J’ai personnellement adoré ce vin qui m’a semblé nuancé, complexe et équilibré, mais c’est une constatation personnelle. Mais la surprise est venue du millésime 1996. Celui-ci a littéralement volé la vedette aux autres par sa complexité, par la richesse de son bouquet et par son expression. Une seule année sépare les deux derniers vins et pourtant il y a un monde de différences entre les deux en termes d’expression. La raison est simple : les vins issus de millésimes difficiles vieillissent plus rapidement et arrivent à terme plus vite, souvent très vite. Évidemment, nous avions affaire à un vin tout à fait exceptionnel, mais si cela vaut pour les grands vins cela vaut également pour les vins au potentiel plus modeste.

Ceci n’est pas un absolu car un millésime est déclaré mauvais autant s’il y a eu cette année-là un manque de maturité du raisin ou encore que les vignes ont été attaquées par des maladies cryptogamiques ou n’importe quelle autre calamité du genre. Il y a de ces années où les vignes bénéficient des conditions optimum. Un printemps clément suivi d’un été généreux en soleil avec juste assez de pluies et pour finir un automne qui s’étire afin de permettre aux baies de se gorger de sucre tout en gagnant en maturité. Mais des années idéales il y en a peu et chacune d’elle a son histoire avec son lot de difficultés, souvent surmontées par les interventions humaines. Mais voilà, cette histoire n’est pas inscrite à côté de la cote qu’on attribue aux millésimes. En France, 2007 a été pour plusieurs viticulteurs une année bizarre. Beaucoup de pluie et de fraîcheur. Les adeptes de la viticulture biologique et surtout de la biodynamie ont été les plus touchés par les maladies cryptogamiques. La production a été moindre dans la plupart des régions et pourtant plusieurs producteurs disent que ce millésime sera bon voire excellent. La majorité des producteurs ont vendangé plus tôt qu’à l’habitude, ce qui normalement signifie un manque de maturité et des carences en sucre. Mais bon, on peut toujours chaptaliser et dans ce cas les minimums habituels sont rehaussés.

Sauf exception, les vins issus de millésimes ordinaires sont vendus à un prix inférieur aux autres vins issus d’années mieux cotées. Juste pour ça, j’ai presque envie de m’exclamer « vive les mauvais millésimes », mais je me retiens. Par contre, j’ai envie de dire ceci : les bons millésimes, on les achète pour les conserver en cave alors que les vins issus de millésimes de moindre qualité, on les achète pour les boire maintenant ou dans un avenir rapproché.

En conclusion, la prochaine fois que vous verrez un vin issu d’un millésime moins bien coté que d’autres, ne levez pas le nez dessus trop vite et posez-vous la question « quand vais-je le goûter? » et si la réponse est « dans peu de temps » alors achetez-le sans hésiter (ou presque).

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Jean-Louis Doucet
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