La chronique vinicole

Les rosés

Après un printemps hâtif qui nous a donné un avant-goût de l’été, celui-ci devrait s’installer pour de bon dans quelques semaines. Qui dit été, dit terrasse, barbecue et bien entendu vin rosé. Longtemps dénigré par les dégustateurs, le rosé est pourtant un vin noble. Un vin difficile à obtenir et qui nécessite des soins particuliers. C’est l’ancêtre de tous les vins puisqu’à l’origine les vins qu’on tirait étaient de cette couleur étant donné que les vinificateurs n’avaient pas encore maîtrisé l’art de produire du vin blanc et que les périodes de macérations (quand il y en avait) étaient de courte durée.

Deux méthodes :

En effet, il existe deux méthodes pour élaborer un vin rosé. Il y a celle qu’on appelle pressurage direct, qui consiste à élaborer un vin rosé à partir de baies rouges et comme on fait pour les vins blancs on presse les raisins sans qu’il y ait de macération des peaux afin d’extraire le moins de couleur possible. Les vins issus de cette technique sont en général assez légers et délicats, plus proches d’un vin blanc que d’un vin rouge. On appelle les vins issus de la deuxième méthode de vinification les rosés de saignée. Cette technique diffère de la première en ce sens qu’on pratique une macération des baies après que celles-ci aient été foulées (opération effectuée avant la fermentation qui consiste à faire éclater les grains de raisin afin de libérer le jus qu’ils contiennent). Cette macération, bien que très courte (généralement de deux à huit heures) apporte de la couleur, des tannins et aussi une plus grande concentration de saveurs. Une fois la macération effectuée on vide une partie de la cuve (d’où le nom de saignée). Ce moût sera transféré dans une autre cuve où la fermentation alcoolique débutera. Le reste du moût continuera à macérer avec les peaux et sera transformé en vin rouge. Il arrive parfois qu’on vide tout le contenu de la cuve sans jamais produire de vin rouge, mais il est important de souligner que le vin est soutiré, mais non pressé (action de presser le marc dans le but d’extraire le liquide qu’il contient). Les vins issus de cette méthode sont en général plus concentrés, de couleur plus sombre et plus riches en saveurs.

La conservation des vins rosés :

Généralement les vins rosés ont une durée de vie limitée. La plupart du temps ils doivent être consommés à l’intérieur d’une période variant de deux à trois ans après l’embouteillage. Les vins de saignée ont une durée de vie légèrement plus longue que ceux obtenus par pressurage direct. Mais étant donné que la principale qualité d’un vin rosé est sa fraîcheur, il est à son meilleur lorsque consommé jeune. Il m’est déjà arrivé de boire des vins rosés ayant subi un vieillissement plus long qu’à la normale et j’avoue que c’est quelque peu déroutant. Comme la plupart des vins, il gagne en complexité, mais ce qu’il gagne d’un côté, malheureusement il le perd de l’autre. Ainsi, il risque de développer des goûts et des arômes tertiaires, mais perdra à tout jamais ses arômes primaires si essentiels à l’appréciation des vins rosés à savoir son côté fruité. Par conséquent, il est toujours préférable de consommer les rosés avant cinq ans au maximum.

La température de service :

La plupart du temps, on consomme les vins rosés beaucoup trop froids. On ne devrait jamais servir un vin rosé à moins de 9°. La température de service normale se situe entre 11° et 14°. Les plus frais et légers autour de 11° et les plus charnus autour de 13 ou 14°. Ceci dit, lorsqu’un vin rosé est servi en apéritif, ce qui est souvent de coutume, on peut diminuer de quelques degrés ces températures sans jamais atteindre une température inférieure à 9°.

Suggestions de la semaine :

Pour aller avec le ton de la chronique, voici quelques suggestions de vins rosés.

Bobal, Hoya de Cadenas, Vincente Grandia, Utiel-Requena, Espagne, Code SAQ : 11073011 Prix : 11,65 $

Voici un vin de terrasse idéal, gorgé de fruits, mais sans ce côté souvent un peu trop confiserie dont sont dotés certains vins rosés. Le nez est expressif avec des notes de fraise, de groseille, de cerise, de fines herbes et de poivre blanc. Bien sec et plein de fraicheur en bouche. Ce vin polyvalent sera à sa place autant à l’apéritif qu’en accompagnement de tapas aux fruits de mer, par exemple.

Majolica, rosé, Podere Castorani, Montepulciano d’Abruzzo, Italie, Code SAQ : 11015769 Prix : 13,50 $

À noter que le vignoble appartient en partie au coureur de F1, Jarno Trulli. Élaboré à partir de montepulciano à 100 %, il offre un joli bouquet d’arômes où se mêlent des notes d’épices, de poivre, de cerise sauvage ainsi que des nuances de confiture de baies des champs. La bouche est particulièrement fraîche, souple et assez goûteuse. Ce vin sympathique conviendra parfaitement à l’apéritif ainsi qu’en accompagnement de truite ou de saumon grillé saupoudré d’herbes fraîches.

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Jean-Louis Doucet
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