La chronique vinicole

Des goûts et des mots

C'est bien connu, tous les goûts sont dans la nature et de plus, à ce que l'on dit, ils ne se discutent pas. Bonne raison pour en parler donc.

Au fil des semaines, pour le bien de cette chronique, je vais vous proposer des vins qui, selon moi, sont bons. Sauf que tous n'ont pas les mêmes goûts et chacun a ses préférences en la matière. Certains aiment les vins fruités et légers alors que d'autres aiment les vins charnus et corsés et ce sans égards à ce qu'ils mangent. Il serait mal aisé de ma part de vous imposer ma vision ou mes goûts personnels. Je ne suis pas le gardien du goût et encore moins un gourou des saveurs. Ma mission sera de vous servir de guide afin de vous aider à y voir clair dans cette jungle de produits offerts à la SAQ.

En fait, mon rôle sera de vous faire partager mes découvertes et vous orienter vers tel ou tel produit en vous le décrivant du mieux que je peux et suite à cela, il n'en tiendra qu'à vous de juger si tel ou tel produit est susceptible de vous plaire. Mais pour ce faire, il est important de parler le même langage. C'est pourquoi souvent je vous proposerai, comme c'est le cas aujourd'hui, de clarifier le sens d'un ou plusieurs termes employés dans le monde du vin et de la dégustation. Cette semaine nous nous attardons au terme fruité.

Fruité : Le mot fruité est sans doute l'un des termes les plus galvaudés de la dégustation. Certaines personnes confondent fruité et sucré. Pourtant, il n'en est rien. Dans les faits, ce n'est ni plus ni moins qu'une famille d'odeurs. En tout, il existe huit familles d'odeurs : 1- animale 2- balsamique 3- épicée 4- florale 5- fruitée 6- minérale 7- torréfiée (torréfaction) 8- végétale.  Nous reviendrons en détail sur chacune d'elles lors de chroniques ultérieures. Fruité est donc un qualificatif pouvant être employé autant pour décrire le caractère olfactif que gustatif d'un vin. Il désigne tout ce qui se rapporte aux fruits qu'ils soient frais, en compote ou confits : framboise, groseille, griotte, ananas, litchi, pomme, pamplemousse, poire, etc. Contrairement à la croyance populaire, fruité n'est pas synonyme de léger pour autant. Un vin peut être fruité et léger autant qu'il peut être fruité et corsé. Un vin sera qualifié de fruité si ce trait de caractère est prédominant.

Les suggestions :

Afin de rester dans le ton de cette chronique, voici deux vins rouges qui peuvent, sans l'ombre d'un doute, recevoir le qualificatif de fruité, mais qui sont diamétralement opposés l'un de l'autre.

Pinot noir, Roaring Meg, Mt Difficulty, Central Otago, Nouvelle-Zélande, 2007, Code SAQ : 10383762, Prix : 26,80 $

La Nouvelle-Zélande regorge de bons vins à base de pinot noir. Après la Bourgogne, terre natale de ce cépage mythique, c'est probablement en ces terres éloignées qu'on retrouve les meilleurs pinots question rapport qualité-prix. La région de Central Otago, située sur l'île du sud, bénéficie d'un climat frais, propice à une longue et lente maturation des raisins. Des conditions essentielles pour tout pinot noir qui se respecte. Celui-ci est tout à fait délicieux. On y décèle une jolie robe de couleur rubis moyennement profonde. Son nez complexe, suave et fin dévoile des parfums de cerise, de mûre et de framboise ainsi que des notes de pain d'épices et de bois neuf. La bouche est sphérique, souple et tout en dentelle, mais avec des tannins bien présents. Il est muni d'une capsule à vis, comme 95 % des vins en provenance de la Nouvelle-Zélande, ce qui donne, outre son côté pratique, une garantie de l'absence de goût de bouchon. Il sera à son meilleur avec des viandes comme le porc ou le veau ainsi qu'avec un thon grillé.

Syrah/Monastrell, Nerola, Miguel Torres, Catalunya, 2005, Code SAQ : 10359252, Prix : 19,50 $

Voici mon vin coup de cœur de la semaine. La famille Torres en est à sa cinquième génération de vignerons. Avec ce vin, la famille catalane a voulu démontrer un côté moderne tout en respectant la tradition. Élaboré à base de syrah et de monastrell (mourvèdre), il a tout pour plaire à une clientèle exigeante. Arborant une robe de couleur cerise noire, dense et profonde, il dévoile au nez de puissantes notes de framboise et de cerise confite. Celles-ci s'accompagnent d'effluves d'épice, de vanille, de moka et de café. En bouche, il se révèle d'une bonne ampleur avec des tannins serrés et bien présents. Les saveurs de fruits et les épices se collent littéralement au palais et y restent suspendues un bon moment. Un vieillissement d'un an ou deux arrondira sa structure, mais si vous ne voulez pas attendre tout ce temps, transvasez-le dans une carafe pendant quinze minutes à une demi-heure avant de le servir. Sa structure tannique se prête bien aux accords avec des viandes rouges goûteuses. Je l'imagine très bien avec une côte de cerf rouge accompagnée d'une sauce au cassis, cela aura pour effet de rehausser ses saveurs fruitées.

 

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Jean-Louis Doucet
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