La chronique vinicole

La famille Rothschild

La famille Rothschild est bien connue, entre autres à Bordeaux pour le Château Mouton Rothschild et le Château Lafite Rothschild. Au fil du temps, cette dynastie a étendu ses tentacules un peu partout sur la Planète vin. Le nom Rothschild est évocateur de grands vins, mais aussi de crus modestes issus de terroirs moins réputés que ceux des grands vins de Pauillac. Qu'il s'agisse de terroirs chiliens ou languedociens, ils n'en sont pas moins intéressants. Mais avant de parler des vins, parlons un peu de l'histoire de cette grande famille.

Petite histoire d'une grande famille :

Le patronyme Rothschild fut adopté par l'ancêtre de la famille, Isaac Elchanan. Ce dernier emprunta son nom de famille à la petite maison étroite qu'il occupait avec sa famille dans la Judengasse (ruelle des Juifs) de Francfort-sur-le-Main en Allemagne. Le nom Zum roten Schild, c'est-à-dire en français : « À l'Écusson rouge », ou encore « À l'Enseigne rouge », donna ainsi naissance à un nouveau patronyme : « Rothschild ».

Si Isaac fut le premier de la lignée Rothschild, Mayer Amschel Rothschild, de son vrai nom Mayer Amschel Bauer (1744-1812), est celui qui lança la famille vers les sommets de la richesse et jeta les bases sur ce qui allait devenir une véritable dynastie. Il transforma le modeste commerce de prêt sur gages créé par son père en une banque reconnue. Plus tard, il gérera la fortune de Guillaume Ier, électeur de Hesse-Cassel. Il aura sept enfants dont cinq fils qu'il enverra chacun de leur côté créer ou prendre la tête d'une filiale de la banque familiale à Londres, à Paris, à Vienne, à Naples et à Francfort, donnant les cinq branches de la famille. Sa fille aînée se maria avec Benedikt Moses Worms de la dynastie banquière Worms.

Le 29 septembre 1822, l'empereur d'Autriche François Ier éleva au rang de barons[1] les cinq fils du fondateur de la dynastie (leur blason porte cinq flèches qui symbolisent les cinq branches de cette famille), Amschel Mayer Rothschild, ainsi que leurs descendants légitimes masculins et féminins portant le nom de Rothschild, sans distinction de nationalité.

Des mariages entre branches permettront à la famille de garder le contrôle de ses activités. Leur collaboration permettra aux Rothschild de se développer dans plusieurs domaines de l'activité bancaire, leur capacité de financement leur offrant ensuite des opportunités d'investissement. Ainsi au cours du XIXe siècle, ils deviendront d'importants financeurs et actionnaires dans l'exploitation minière et le développement du rail, deux des piliers du développement des économies industrielles en Europe. Les changements à la tête des gouvernements et d'autres événements politiques jouèrent un rôle, positif ou négatif, sur la fortune de la famille, mais trois événements furent marquants : les révolutions de 1848, la grande dépression des années 1930 et la montée du nazisme durant la Deuxième Guerre mondiale. Seules les branches anglaise et française existent encore aujourd'hui, les branches allemande, autrichienne et italienne s'étant éteintes.

Philippe de Rothschild (13 avril 1902 - 20 janvier 1988) appartient à l'une des trois branches des Rothschild en France, les deux autres étant celle de Guy de Rothschild et celle d'Edmond de Rothschild (les deux banquiers). Il fut pilote de Grand prix sous le pseudonyme de « Georges Philippe », scénariste, producteur de théâtre, producteur de cinéma, poète, et aussi l'un des plus célèbres vignerons du monde.

Un détail important dans le monde du vin, Philippe de Rothschild alors qu'il n'a que vingt ans, reprend l'exploitation du vignoble Château Mouton Rothschild. Deux ans plus tard, en 1924, il décide d'embouteiller toute la production du vignoble au Château même, contrairement à la pratique courante de l'époque qui consistait à vendre la production en gros et de laisser le soin aux marchands de vin l'élevage, la mise en bouteille ainsi que l'étiquetage du produit. Plus tard, plusieurs grands crus l'imitèrent. Ainsi, le Château pouvait garder le contrôle sur la qualité du produit. Deux ans plus tard, il développe un accord de fixation des prix avec les autres producteurs de grands bordeaux.

En 1932, il constate que le raisin ne correspond pas aux standards de qualité qu'il s'est fixés et décide de ne pas le commercialiser sous l'appellation du Château. Cette sélection draconienne des composants du cru le conduit à commercialiser en 1932 ce qui était rejeté, sous l'appellation « Mouton Cadet ». Le produit a un tel succès qu'il doit acheter du raisin dans tout le vignoble de la région bordelaise afin de satisfaire la demande. Une marque est née.

En plus de son idée de mise en bouteille au château, Philippe fait dessiner ses étiquettes par les artistes les plus fameux. Les étiquettes sont l'œuvre de peintres et de sculpteurs devenus célèbres comme Jean Cocteau, Leonor Fini, Henry Moore, Marie Laurencin, Georges Arnulf, Georges Braque, Salvador Dalí, Jacques Villon, Pierre Alechinsky, Joan Miró, Marc Chagall, Pablo Picasso, César, Jean-Paul Riopelle, Andy Warhol et beaucoup d'autres.

Quelques dates importantes :

En 1933 Philippe accroît le domaine de Mouton Rothschild par l'acquisition du domaine du Château d'Armailhacq. Vers la fin des années 1930, les Mouton Rothschild sont considérés parmi les meilleurs vins du monde. Néanmoins, le vignoble de Mouton est toujours été classé dans les « seconds crus » par la classification officielle des vins de Bordeaux de 1855, sans doute en raison du désintérêt du précédent propriétaire, le banquier Isaac Thuret.

En 1973, Jacques Chirac, alors ministre de l'Agriculture signe le décret accordant au château Mouton Rothschild classification en Premier cru. Le propriétaire de Château d'Yquem fait appel sans succès de cette reclassification qu'il juge illégitime.

En 1997, sous la direction de Philippine de Rothschild, Château Mouton Rothschild s'associe avec Concha y Toro du Chili afin de produire à base de cabernet-sauvignon, un vin rouge de type bordelais dans une nouvelle cave construite dans la Vallée de Maipo au Chili.

En 1962, à Mouton, les Rothschild créent un « Museum of Wine in Art » où est exposée une collection sans prix d'œuvres d'art couvrant trois millénaires d'histoire du vin, comprenant des œuvres de Pablo Picasso et de la verrerie rare. En 1970, Rothschild achète le Château Clerc Milon, un cinquième cru situé à côté de sa propriété. Après avoir atteint le but de son existence en 1973 lors du classement du Château Mouton Rothschild en Premier Cru, il commence à regarder hors de France pour de nouvelles opportunités vinicoles et en 1980 il annonce une entreprise commune avec le vigneron américain, Robert Mondavi, pour fonder l'« Opus One Winery » à Oakville (Californie).

Philippe de Rothschild reste actif dans le marché du vin jusqu'à sa mort en 1988 à l'âge de 85 ans, la relève est maintenant assurée par sa fille, qui s'intéresse également au théâtre, en tant qu'actrice sous le nom de scène de « Philippine Pascal ».

À propos du Château Mouton Rothschild :

Le Château Mouton Rothschild est un domaine viticole réputé du Médoc, situé sur la commune de Pauillac. Il produit l'un des vins de Bordeaux les plus prestigieux de la région. Le Château Mouton Rothschild est un « premier grand cru classé » selon la Classification officielle des vins de Bordeaux de 1855, un classement qui n'a subi qu'une seule modification, soit le reclassement du Château Mouton Rothschild qui passa de second à premier grand cru classé en 1973. Il partage cette rare distinction avec le Château Margaux, le Château Latour, le Château Lafite Rothschild et le Château Haut-Brion.

Propriété de la branche anglaise de la famille Rothschild depuis 1853, Mouton Rothschild est particulièrement célèbre pour deux raisons (outre l'excellence de ses vins) :

  • depuis 1945, l'étiquette est différente chaque année, et souvent illustrée par un artiste célèbre (parmi lesquels Chagall, Miro, Picasso…) ;

  • initialement classé « Deuxième Grand cru classé » en 1855, Mouton fut promu au rang de « Premier Grand cru classé » en 1973 par le Ministère de l'Agriculture.

L'emblème du Château est le bélier d'Augsbourg.

En 1853, le baron Nathaniel de Rothschild achète aux enchères le Château Brane Mouton à Pauillac, et le renomme Château Mouton Rothschild, qui sera classé en 1855 Deuxième Grand cru classé. Après le décès de Nathaniel de Rothschild en 1870, le Château reste dans la famille, sans grand développement jusqu'en 1922 où Philippe de Rothschild prend le contrôle du domaine. Il s'y implique pleinement dès 1923, et sera l'artisan de la résurrection du Château. L'année 1924 marque la première mise en bouteille au château (une première dans le Bordelais). En 1973, la seule révision jamais réalisée de la classification de 1855 consacre Mouton au rang de premier Grand Cru. À cette occasion la devise Premier ne puis, second ne daigne, Mouton suis, est devenue : Premier je suis, second je fus, Mouton ne change. Depuis 1983, le domaine appartient à Michel Delberghe-Rothschild.

Le Château Mouton Rothschild s'étend sur 84 hectares de vignes, au cœur de l'appellation d'origine contrôlée Pauillac. L'encépagement est typique du Médoc : cabernet sauvignon (77 %), cabernet franc (12 %), merlot (9 %), petit verdot (2 %). Mouton Rothschild pratique une vinification inhabituelle en laissant le vin en cuve après la fin de la fermentation, donnant du corps supplémentaire, demandant une plus longue maturation en bouteille pour arriver à pleine maturité.

Depuis 1993, le domaine produit un deuxième vin : « Le Petit Mouton de Mouton Rothschild ».

Mouton Rothschild est particulièrement célèbre pour ses étiquettes, qui sont chaque année réalisées par un artiste différent.

En 1924, à l'occasion de la première mise en bouteille au Château, une étiquette spécifique est réalisée par l'affichiste Jean Carlu. C'est d'ailleurs une œuvre de l'artiste qui décore depuis 1994 l'étiquette du Petit Mouton. En 1945, le baron Philippe de Rothschild décide de célébrer la victoire en illustrant l'étiquette de Mouton Rothschild par le V de la Victoire. Celle-ci est dessinée par Philippe Jullian. Puis de 1946 à 1954, il fait appel à divers artistes (peintres, affichistes) pour orner les étiquettes. À partir de 1955, elles seront réalisées par des artistes majeurs.

Ces derniers ne sont pas rémunérés, mais reçoivent du vin de deux millésimes différents, dont celui qu'ils illustrent.

Château Lafite Rothschild :

Le Château Lafite tire son nom de la famille de La Fite, alliée jadis à la maison de Foix par le mariage de Joseph de Foix, baron de Mardogne, chevalier de l’Ordre du Roi, qui avait épousé Françoise de La Fite, fille de Thibaud. Pierre de La Fite, Intendant des Ordres du Roi, Trésorier-Général des Parties-Casuelles, propriétaire du domaine vinicole de Pauillac, était seigneur de Goussencourt. Requis en 1734, il produisit les preuves de sa noblesse par douze générations, et fut déchargé par arrêt du Conseil d’État en date du 12 février 1740.

Jean-Jacques de La Fite, dernier représentant mâle de cette maison naquit à Pau le 5 novembre 1690 et mourut le 20 octobre 1740 à Paris. Marguerite de La Fite, appartenant à cette famille, avait épousé Jean de Gachassin, fils cadet d’Adrien-Arnaud de Gachassin, capitaine des Milices d’Albret, devenu en 1555, seigneur de l’Abbaye d’Orthez, érigée en sa faveur en Terre Noble par lettres patentes d’Antoine et de Jeanne, roi et reine de Navarre.

À partir du XVIIe siècle, la propriété du château Lafite tomba entre les mains de la famille de Ségur, avec le manoir des Lafite datant du XVIe siècle et qui existe toujours. C’est à partir de 1680 que l’on a une première trace de l’existence d’un vignoble important qui fut planté par Jacques de Ségur. Au XVIIIe siècle, le marquis Nicolas-Alexandre de Ségur perfectionna la technique de vinification et vers 1760 le duc de Richelieu l'introduisit à la Cour de Versailles.[2]

Le 8 août 1868, le baron James de Rothschild acquiert le château Lafite mis en vente publique dans le cadre de la succession de Ignace-Joseph Vanlerberghe.

De 1946 à 1974, Élie de Rothschild prend les rênes du château Lafite Rothschild. En 1975, le baron Éric de Rothschild, neveu du baron Élie, le remplace. De nos jours la gestion technique du vignoble est assurée par Charles Chevallier.

Le château fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 22 novembre 1989.[3]

Le vignoble de 103 ha est réparti en trois parcelles : les coteaux entourant le château, le plateau des Carruades situé à l’ouest et une parcelle de 4,5 ha sur la commune voisine de Saint-Estèphe. L'essentiel du terroir est constitué de graves fines et profondes mêlées de sable éolien sur un socle calcaire du tertiaire.

L'encépagement est constitué à 71 % de cabernet sauvignon, 25 % de merlot, 3 % cabernet franc et 1 % de petit verdot. L'âge moyen des vignes du grand vin est de 40 ans, les 20 ha de jeunes vignes (moins de 10 ans) étant utilisés pour l'élaboration du second vin. Il existe également des parcelles extrêmement âgées de plus de 80 ans, l'une dite « La Gravière » datant même de 1886.

Des vins du peuple

Tout le monde n'a pas les moyens de s'offrir ces grands vins. Un Château Mouton Rothschild se détaille à la SAQ autour de 700 à 6 400 $ (pour le millésime 1949). Mais les gens moins fortunés peuvent se rabattre sur des crus plus modestes. En voici quelques-uns des plus intéressants :

Escudo Rojo, Valle Central, Chili, 2010, code SAQ : 577155, prix : 18,95 $

Ce rouge, élaboré à base de cabernet sauvignon, de carmenère, de syrah et de cabernet franc, est une incursion réussie de la part de ce géant de la viticulture bordelaise, en terre chilienne. Arborant une robe rubis, dense et profonde, il déploie un bouquet aromatique, dominé par des odeurs de cassis, de mûre et de prune. Celles-ci s'accompagnent de nuances d'épices et de légères notes mentholées. La bouche est ample, structurée, avec une trame tannique qui se tient bien droite. Les saveurs de fruits s'expriment d'emblée. On y perçoit aussi des nuances de poivron et d'épices. Bel équilibre et harmonieux. Excellent avec des viandes rouges grillées ou rôties.

Graves, Mouton Cadet, Réserve, 2011, code SAQ : 11314953, prix : 15,95 $

Ce blanc élaboré à base de 50 % de sémillon, 45 % de sauvignon et de 5 % de muscadelle, sans me bouleverser, m'a beaucoup plu. Par son côté charmeur et réconfortant, facile à boire et bien balancé. À l'œil, il affiche une robe jaune pâle avec des reflets verts. Au nez, il est assez aromatique et nuancé, avec des accents de pomme golden, de lime, de melon de miel, d'ananas et de fleurs blanches. La bouche est fraîche, croquante et savoureuse. Le sémillon lui donne une dimension où le moelleux domine. La pomme golden est aisément identifiable, les saveurs de lime suivent. Une nage de fruits de mer à la lime se mariera à merveille avec ce vin.

Merlot, Baron Philippe de Rothschild, Vin de Pays d'Oc, 2011, code SAQ : 407544, prix : 13,45 $

Le producteur bordelais, Baron Philippe de Rothschild, ne bouleversera pas le monde du vin avec celui-ci, mais il a le mérite de nous présenter un produit bien ficelé, convivial et représentatif du cépage. Affichant une robe rubis, assez profonde, il offre au nez, un intense bouquet, marqué par des notes de prune, de baies noires, de poivron, ainsi que des nuances d'épices et de bois. La bouche est charnue, avec une trame tannique en chair et un peu rustique. Les saveurs de baies rouges et noires s'expriment avec aplomb et sont suivies de nuances de cuir, particulièrement en finale. Beau, bon, pas cher. Très polyvalent, en termes d'accords mets et vins, il conviendra autant avec un filet de porc qu'une brochette de bœuf avec une sauce au poivre vert.

Cette chronique est largement basée sur un article de Wikipédia dont la référence est la suivante : http://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_Rothschild.

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Jean-Louis Doucet
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