La chronique vinicole

Des idées pour des dégustations réussies — première partie

Une dégustation est un excellent prétexte pour se rencontrer entre amis et amoureux du vin. C’est aussi l’occasion de goûter plusieurs bons crus sans pour autant vider son portefeuille, car une des choses les plus intéressantes à propos d’une dégustation est de pouvoir partager les coûts afin de goûter à un maximum de produits à un coût minimum. Mais organiser une activité comme celle-ci peut s’avérer ardu, voire fastidieux, surtout pour les néophytes. Au cours des prochaines semaines, je vous proposerai différents types de dégustations ainsi que leurs variantes afin de rendre vos dégustations vivantes et animées.

Une dégustation à l’anonyme

Probablement le type de dégustation le plus courant. L’idée consiste à déguster des vins en sachant d’avance ce qu’on s’apprête à goûter, mais sans savoir dans quel verre chaque vin se trouve. Normalement, pour que l’exercice soit intéressant, il faut un minimum de cinq produits qui seront servis simultanément. Un maître du jeu servira les vins à l’aide d’une carafe afin de confondre les participants ou encore on couvrira chaque bouteille d’un sac de papier brun. Ensuite, les participants seront appelés à déguster les vins, à noter ceux-ci et à poser leur verdict en fin de compte. Il s’agit, en quelque sorte, de jouer au détective en devinant lequel est lequel. L’expérience ou l’inexpérience des participants dictera le niveau de difficulté de l’exercice.

Dégustation à l’anonyme pour les novices : Si la plupart des participants sont novices, il est préférable de choisir des vins qui sont, autant que ce soit possible, dissemblables les uns par rapport aux autres. Dans ce cas, imaginons que vous ayez six produits à déguster. Le plus facile est de choisir des vins issus de cépages différents et de millésimes semblables. Exemple : un pinot noir, un gamay, un merlot, un cabernet sauvignon, une syrah, un malbec, tous issus du même millésime (ou à quelques variantes près) et se situant dans la même gamme de prix. Un expert devrait identifier facilement les deux premiers, quoique parfois il puisse y avoir des similarités. Parmi les quatre autres, le merlot devrait être celui qui possède la trame tannique la plus souple, mais il n’y a pas d’absolu et c’est tant mieux. Par contre, en ce qui concerne les arômes, il y a des similitudes avec les quatre autres. La syrah peut donner des vins souples ou assez corsés, à la robe dense ou moyennement profonde. Pour ce qui est du malbec et du cabernet sauvignon, ils peuvent parfois être confondus, mais le malbec devrait être plus corsé.
Variante 1 : Un autre exercice pour les novices, mais un peu plus difficile; choisissez des vins issus du même cépage (il peut s’agir du même produit), mais dans des millésimes différents. Idéalement, entre le premier et le sixième, il doit y avoir au moins dix ans d’écart. Ainsi, il sera intéressant de vérifier ce que l’influence du temps ou la qualité des différents millésimes peuvent faire. À noter que certains millésimes permettent au vin de mieux vieillir que d’autres alors que dans d’autres cas, le vin se fanera rapidement (c’est le cas des millésimes de chaleur comme le 2003). À noter qu’avec le temps, le vin change de couleur. En rouge, plus le vin est jeune, plus il aura des reflets violacés. Plus il est âgé, plus les reflets seront orangés ou tuilés. En blanc, un jeune vin aura des réflexions jaune-vert, alors qu’un vieux vin, comme dans le cas d’un rouge, aura des nuances orangées et tuilées. Avec le temps, d’autres phénomènes se produisent. Le vin gagne en complexité par exemple. Cet exercice est formateur à plusieurs égards. Entre autres, vous serez à même de constater si vous préférez les vins jeunes (pour leur côté fruité par exemple) ou les vins plus matures, qui ont développé des arômes et des goûts plus évolués, mais qui parfois peuvent sembler déroutants de prime abord.
Variante 2 : Six produits de même cépage ou de même type d'assemblage et de même millésime, mais de prix différents. Cela peut donner des résultats très surprenants et vous serez à même de constater que les vins les plus chers ne sont pas toujours les meilleurs. À l'inverse, vous pourrez aussi constater les raisons justifiant les différences de prix.

Dégustation à l’anonyme pour intermédiaires : Là, le niveau de difficulté doit augmenter puisque nous avons affaire à des experts en devenir, mais il ne faut pas décourager les participants non plus.
Exercice 1 : Six vins blancs alsaciens; un riesling, un gewurztraminer, un pinot blanc, un pinot gris, un muscat et un sylvaner. De prime abord, cela semble facile, mais pour l’avoir déjà essayé c’est beaucoup plus difficile qu’on peut le croire. Variantes : Le même exercice, mais en remplaçant un des produits par un « vin fantôme ». L’exercice consiste à insérer un vin inconnu de tous et pouvant confondre les dégustateurs. Par exemple, vous pouvez remplacer le sylvaner ou le pinot blanc par un vin québécois à base de seyval blanc ou de vidal. Dans le même ordre d’idée : remplacez le muscat ou le gewurztraminer par un vin à base de geisenheim. Vous pouvez aussi remplacer le pinot gris par un chardonnay du Nouveau Monde. Dans ce cas, faites l’essai avec un chardonnay EXP, R.H. Phillips; vous confondrez vos participants.
Exercice 2 : Six rouges de provenances diverses, mais ayant des similitudes au niveau de l’assemblage. Exemple : six vins de type bordelais (assemblage de cabernet, merlot), mais de provenances diverses. Ces vins peuvent provenir d’appellations bordelaises telles que Bordeaux, Médoc, Haut-Médoc, Saint-Émilion, etc., mais aussi de pays ou de régions du Nouveau Monde tels que l’Australie, la Californie, le Chili, etc. On peut aussi inclure des vins du Sud-Ouest ou du Languedoc par exemple. Variante : comme dans l’exercice précédent, vous pouvez insérer un vin fantôme. Un vin à base de malbec ou encore un vin à base de carménère provenant du Chili.

Dégustation à l’anonyme pour dégustateurs avancés : Ici l’objectif est de rendre la vie difficile aux experts en devenir. Le niveau de difficulté doit donc être élevé. Pour ce faire, il faut confondre les dégustateurs en choisissant des vins de provenance et d’assemblage divers. Exemple : un vin de la vallée du Rhône majoritairement à base de syrah, un Rhône ranger (syrah du Nouveau Monde), un cabernet sauvignon chilien ou de la région du Priorat (Espagne), un Haut-Médoc, un Chianti-Classico, un vin à base de Tempranillo de la région de Ribera del Duero ou encore un Malbec argentin. Idéalement ces vins devraient être de bonne qualité et le prix de cette dégustation devrait être relativement élevé. Pour augmenter la difficulté, vous pouvez décider de servir un vin fantôme (n’importe lequel des vins suggérés).

La prochaine chronique portera sur la dégustation à l’aveugle.

Suggestions de la semaine :

Ninquén, Mountain Vineyard, Valle de Colchagua, Chili, 2008, Code SAQ : 928853, Prix : 26,70 $

Voilà une belle révélation que ce vin à base de syrah et de cabernet sauvignon. Il plaira aux amateurs de vins qui ont de la personnalité. Déjà, à l’œil, sa robe dense et profonde nous interpelle. Le nez est aromatique et complexe, marqué par de jolies nuances de cassis, de cuir, de vanille et un côté boisé qui s’intègre bien à l’ensemble. La bouche est ample et structurée. La trame tannique repose sur de bonnes assises. Des saveurs de café, de moka et de fruits noirs s’expriment avec aplomb sans que rien ne choque ou ne s'entrechoque, créant un ensemble fin et équilibré. À boire avec des viandes rouges goûteuses.

Castello di Pomino, Bianco, Marchesi de Frescobaldi, Pomino, Italie, 2009, Code SAQ : 65086, Prix : 18,85 $

J’avoue avoir un petit faible pour ce vin réussi qui provient d’une petite appellation toscane. Ce vin élaboré à base de chardonnay et de pinot blanc, dévoile, sous sa robe jaune paille, d’intenses notes de pomme, de pêche et de poire ainsi que des nuances minérales. La bouche est croustillante à souhait, ronde et savoureuse. Les saveurs de fruits déjà identifiées au nez se reflètent pour notre plus grand plaisir. En rétro-olfaction, on discerne de subtiles flaveurs de vanille témoignant du fait que le vin a bénéficié d’un affinage en barrique de chêne pendant quelques mois afin de lui donner plus de caractère.

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Jean-Louis Doucet
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