La chronique vinicole

Des films et du vin

L’influence du cinéma sur le vin est indéniable. On dit que les ventes de pinot noir ont grimpé de 20 % pendant l’année qui a suivi la sortie du film Sideways, ce n’est pas rien. Le film a eu un effet contraire sur le merlot cependant. Sideways a marqué un souvenir indélébile dans la tête des cinéphiles qui l’ont visionné. Dans Casino Royale, le premier film de Daniel Craig en tant que James Bond, plusieurs se souviennent de la scène du train où le héros boit une bouteille de Saint-Émilion, Château Angélus. Qui ne se rappelle pas aussi de la fameuse phrase du film « Le silence des agneaux » où Hannibal Lecter déclare « J’ai mangé son foie avec un bon chianti. » Des exemples comme ceux-là, on pourrait en citer plusieurs. Dans cette chronique, je vous propose quelques suggestions de films où le vin est omniprésent, voire le sujet du film et qui mérite d’être visionnés.

Mondovino (2004) :

Mondovino est un documentaire franco-américain, réalisé par Jonathan Nossiter mettant en vedette plusieurs grands noms du vin tels que Michel Rolland (œnologue-consultant), du regretté Robert Mondavi, Robert Parker (critique de vins), des familles florentines Frescobaldi et Antinori, en passant par les vignobles de Etchart en Argentine. Les univers s’entrechoquent. On y parle d’argent, d’art, de gloire, etc. Différents mondes, différentes réalités s’affrontent. Des riches, voir très riches, côtoient des paysans. C’est passionnant. Il y a beaucoup d’interviews, mais l’amateur de vins y trouvera son compte.

Sideways (2004) :

Cette tordante comédie dramatique, réalisée par Alexander Payne, est un road-movie mettant en vedette deux amis partis sur une galère à Santa Barbara Wine Country. L’un d’eux, Miles Raymond, joué par l’acteur Paul Giamatti, est écrivain, professeur d’anglais et grand amateur de vins, en plus d’être désabusé, dépressif et récemment divorcé. L’autre, Jack Cole (Thomas Haden Church), est sur le point de se marier et n’a qu’une idée en tête; enterrer sa vie de garçon et profiter de ses derniers moments de liberté sexuelle avant de se mettre la corde au cou. Le vin, le pinot noir surtout, et la dégustation sont omniprésents. Miles déteste le merlot, les trouvant fades et sans personnalité. Il y a des scènes mémorables, comme celle où Miles, se saoule et ingurgite le contenu d’un crachoir dans une salle de dégustation ou encore le moment où Jack, cherchant un prétexte pour expliquer son nez fracturé (victime d’un coup de poing d’un mari jaloux), fonce sur un arbre avec la voiture de Miles. Tout au long du film, les personnages se remettent constamment en question. Quelle vie choisir ?

Dégustation choc (Bottle Shock) (2008) :

Réalisé par Randall Miller, ce film évoque le célèbre jugement de Paris (1976), une dégustation organisée par un sommelier et propriétaire une boutique de vin à Paris qui eut l’idée de comparer les vins de la Californie avec les grands vins de la France de Bordeaux et de la Bourgogne. Cette dégustation bouscula les traditions et idées préconçues sur les vins californiens, au détriment des grands vins français qui en ont pris pour leur rhume. Si le réalisateur du film prend beaucoup de libertés par rapport aux personnages ainsi qu’aux événements tels qu’ils se sont réellement passés, l’esprit est là et pour plusieurs c’est ce qui importe. L’histoire du film alterne entre le périple de Steven Spurrier, le sommelier joué par Alan Rickman et les mésaventures de Jim Barrett et son fils Bo du Château Montelena, respectivement joués par Bill Pullman et Chris Pine. Peut-être pas un très grand film, mais il mérite d’être regardé, ne serait-ce que pour se rappeler à quel point le jugement de Paris a eu comme impact sur le vin en Californie. Les Américains ont gagné, si jamais vous ne vous en doutiez pas.

Un grand cru (A good year) (2006) :

Nous sommes loin ici des films à gros budget dont le réalisateur Ridley Scott (Gladiateur) a l’habitude. Accompagné de son acteur fétiche, Russell Crowe, il réalise un film d’une grande subtilité, très européen dans le style. L’action se déroule en Provence. Max Skinner (Crowe) travaille pour une importante maison d’investissement londonienne. Il vit à cent à l’heure et ne peut se passer de son cellulaire. Lorsque son oncle décède, il est le seul héritier. Skinner doit se rendre en Provence pour conclure rapidement, le temps d’un week-end, la vente du domaine vinicole de celui-ci. Mais, vous l’aurez deviné, tout ne se déroule pas exactement comme il l’avait prévu. Alors qu’il était au volant de sa voiture, par distraction, il envoie Fanny Chenal, une beauté locale (jouée par Marion Cotillard), hors de la chaussée. À son retour au domaine de son oncle, il tombe dans une piscine vide. Incapable de sortir, sans son téléphone, il désespère jusqu’au moment où Fanny se pointe. Pour l’aider, elle ouvre les vannes de la piscine. C’est le début d’une relation amour-haine entre les deux. Plus tard, lorsqu’une jeune Américaine prétextant être la fille de l’oncle de Skinner se pointe, l’histoire prend tout à coup une tournure inattendue. Le vin, la vigne, le soleil, la beauté de la Provence et ses paysans, sans oublier l’amour, sont au rendez-vous. Ce film qui n’a pas connu un grand succès, mérite plus d’attention qu’il en a reçu lors de sa sortie. Les amateurs de vins surtout y trouveront leur compte.

Dégustés pour vous cette semaine :

Cabral, Branco Fino, Blanc, Porto, Portugal, Code SAQ : 10270733, Prix : 14,05 $

Un Porto blanc, à prix économique, pour boire seul ou sur des glaçons arrosé de tonic. Doté d’une robe ambrée, il dévoile un bouquet aromatique dominé par des parfums de pomme compotée, de raisin séché et de noix rancies. La bouche est ample, goûteuse et pas trop sucrée. Les nuances détectées à l’olfaction reviennent nous charmer. De plus, il est assez long en bouche. Idéal avec un vieux gouda ou un bleu, il sera également à l’aise avec une tarte tatin.

Domaine du Vieil Aven, Tavel, France, 2010, Code SAQ : 640193, Prix : 20,10 $

Tavel est une appellation de la Vallée du Rhône qui ne produit que des rosés. Celui-ci est élaboré par la cave des vignerons de Tavel, une coopérative plus que respectable. La couleur de la robe oscille entre le rose cerise et le rose saumon. Le nez est élégant et dévoile des nuances de fruits rouges, de framboise surtout, ainsi que des notes d’épices. En bouche, l’attaque est franche, ronde et d’une agréable fraîcheur. Les saveurs de baies des champs et de garrigue sont mises à l’avant-plan. Il s’agit d’un excellent rosé de repas beaucoup plus qu’un vin d’apéro. Il sera à son aise avec une darne de saumon grillée saupoudrée d’herbes de Provence ou encore d’un filet de porc aux cerises.

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Jean-Louis Doucet
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