La chronique vinicole

La vie d’un dégustateur professionnel : retour sur une année de dégustation exceptionnelle

Cette semaine marque l’arrivée sur les tablettes des librairies du troisième opus de mon guide annuel « Les meilleurs vins de 10 à 30 $ ». Cette dernière mouture est à mon avis la plus achevée des trois et par conséquent celle dont je suis le plus fier. Certains diront que je suis bien mal placé pour évaluer mon travail, mais je crois avoir suffisamment de sens autocritique pour affirmer que mes descriptions sont plus vivantes et plus riches que jamais. Ceci dit, le but de cette chronique n’est pas de vanter le fruit de mes efforts ni de vous inciter à acheter mon produit, mais de vous entretenir à propos de la dernière année qui s’est écoulée. Une année marquée par de très belles découvertes qui se retrouvent dans mon guide et d’autres dans l’application pour iPhone 100 % d’ac.

On ne se lève pas un matin en disant « Aujourd’hui j’écris un guide de vin ». En fait, en ce qui me concerne, la préparation du guide 2011 a commencé au moment même où le guide 2010 fut lancé sur le marché. Donc, pendant qu’on fait la promotion du premier, on s’affaire à dénicher les perles rares du prochain. Pour ce faire, il faut multiplier les dégustations. À partir du mois de septembre, et ce, jusqu’au mois de mai, il y a ce qu’on appelle les minis salons des nouveaux arrivages. Ceux-ci se déroulent à Montréal, à la Maison du Gouverneur. Chaque fois, on y déguste entre 80 et 120 produits. Le tout en seulement quelques heures. C’est là que commence la phase « repérage ». Au fil du temps, j’ai développé une série de signes et d’abréviations qui me permettent de prendre des notes sur chacun des produits. Rien à voir avec la sténo, mais c’est efficace, pourvu que je puisse me comprendre plus tard, mais ça, c’est une autre histoire. Généralement lors de ces événements je retiens environ une dizaine de produits. Certains de ceux-ci sont retenus pour le guide de vins alors que d’autres se retrouveront parmi mes suggestions pour l’application pour iPhone 100 % d’ac (Wine & Food Perfect). En rentrant à la maison, je m’affaire à transcrire les notes que j’ai prises sur chacun des produits que j’ai retenus et je fais une brève description. Ces descriptions sont placées dans un fichier avec des mentions du genre : à revoir, valeur sûre ou encore : coup de cœur. Dans les jours qui suivent, je m’occupe de faire des recherches sur les produits, les producteurs et parfois les appellations, particulièrement lorsque celles-ci sont moins connues, afin d’en connaitre plus sur ceux-ci. Le but est de relever certains détails pertinents qui ajouteront du poids à la description tout en renseignant davantage le lecteur.

Lors des mois de septembre, octobre et novembre, en plus des minis salons, il y a les salons de plus grande envergure. Le salon des vins et grappa d’Italie par exemple en est un qu’il ne faut surtout pas manquer. Les gens se bousculent, les crachoirs sont difficilement accessibles, mais ça vaut la peine de se donner un peu de misère puisque les vins qu’on y présente sont d’une qualité difficile à égaler. Même chose pour le salon de la Bourgogne. C’est toujours avec bonheur que l’amateur de pinot noir que je suis constate la grande variété de vins qu’on peut produire avec ce cépage légendaire. On y déguste aussi une grande quantité de chardonnays tout à fait sublimes et c’est aussi le temps de boire des vins à base de gamay, d’aligoté et des crémants de grande qualité. Sopexa, qui assure la défense et la promotion des vins français propose également un salon d’assez grande envergure. Moins spectaculaire que celui d’Italie, et aussi moins couru, mais une mine d’or pour la production d’un guide où les produits proposés se situent entre 10 et 30 $. À travers ces événements, il y en a aussi d’autres, un peu plus modestes comme ceux du Chili et de l’Argentine par exemple.

Novembre est assez occupé pour moi, puisque c’est l’événement « Montréal passion vin ». Aucun vin à moins de 30 $ n’y est présenté puisqu’il s’agit d’une grande fête du vin haut de gamme où d’autres sommeliers comme moi sont appelés à y travailler bénévolement. Lors de ces deux journées de dégustations dont les profits sont versés à la Fondation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, on y sert des cuvées aussi mythiques que sensationnelles. Après les Champagne Deutz, Château Cheval Blanc, Puligny-Montrachet et Volnay du Domaine de Montille ainsi que le Cos d’Estournel, j’avoue que le retour à la réalité n’est pas facile à faire, mais je ne me plains pas. Novembre est aussi le temps du Salon du livre de Montréal. Généralement, j’y suis pour trois jours. C’est le meilleur temps pour moi de tâter le pouls de la clientèle. C’est lors de cet événement que j’ai choisi d’inclure quelques produits à moins de 10 $ pour l’édition 2011 puisqu’il s’agissait d’une demande assez fréquente des lecteurs.

Décembre est généralement assez tranquille, mais j’en profite pour multiplier les séances de signature dans les librairies puisque c’est le temps des emplettes de Noël.

En janvier, c’est le temps de recharger les batteries et j’en profite pour me faire dorer au soleil avant le grand tourbillon qui suit. C’est le calme avant la tempête, quoi! À mon retour, c’est le temps de solliciter les agences promotionnelles. Celles-ci m’envoient les derniers millésimes des vins qu’ils considèrent comme étant les meilleurs de leur collection. La date de tombée pour mon manuscrit étant le 15 avril, je concentre mes dégustations lors des mois qui précèdent cette date c'est-à-dire entre la fin février et le début avril. Février est l’occasion de pondre quelques textes pour mon guide tels que la rédaction de l’intro et autres textes d’appoint. Les échantillons en provenance des agences promotionnelles commencent à arriver et le blitz de dégustations/évaluations/descriptions débute. Au mois de mars, le rythme s’accentue alors que les caisses s’empilent dans ma cave à vins. La salle à manger se transforme pendant deux mois en salle de dégustation. Les produits sont triés afin de pouvoir comparer les merlots avec les merlots, les pinots avec les pinots, etc. Avec l’aide de mon fidèle compagnon de dégustation, Sylvain Labrie, nous faisons des dégustations comparatives, généralement des séries de 6 produits. C’est là que la majeure partie des vins sont choisis pour le guide (60 % des produits sont choisis lors de ces séances intensives).

À la fin du mois de mars, c’est le grand rendez-vous annuel qu’il ne faut pas manquer : le salon des vins et spiritueux de Montréal ou de Québec. C’est le dernier salon d’importance avant la remise du manuscrit. Les derniers échantillons arrivent et c’est la frénésie des derniers jours qui commence. On ajoute un produit qui tasse un autre qui était sur la corde raide. On révise les produits et on s’interroge sur la pertinence d’ajouter ou d’enlever tel ou tel vin. Dans les quatre ou cinq jours qui précèdent la remise du manuscrit, c’est l’assemblage de celui-ci. Il faut faire les index des vins et des recettes par exemple et classer les vins par ordre de prix et d’indice mets et vins. Pour l’édition de cette année, cette tâche a été grandement facilitée grâce à une base de données Access crée par ma sœur Josyanne, informaticienne de profession en plus de porter le chapeau de réviseur pour tous mes textes y compris celui-ci. Suite à la remise du manuscrit, je prends le temps de souffler un peu avant le tourbillon des révisions des textes et des épreuves qui ont lieu au mois de juin jusqu’au début du mois de juillet. Lorsque tout est à la satisfaction de l’éditeur et de la mienne, les épreuves sont acheminées à l’imprimerie. À partir de là, s’il persiste des erreurs (il y en a toujours qui nous échappent) il n’y a plus rien qu’on puisse faire.

Une année exceptionnelle

En conclusion, je dois dire que la dernière année en fut une de très grande qualité. Plus de 2500 produits ont été dégustés, 350 ont été retenus pour le guide « Les meilleurs vins de 10 à 30 $ » et 300 pour l’application pour iPhone 100 % d’ac. Un constat s’impose d’emblée : la qualité des vins, particulièrement ceux se situant au bas de l’échelle de prix s’améliorent. Les techniques se raffinent et on réussit à nous offrir des vins fort acceptables même à petits prix. En fin de compte, c’est le consommateur qui y gagne.

Je vous fais part ici de produits qui ont retenu mon attention plus que d’autres.

Merlot, Don Reca, Viňa La Rosa, Valle de Cachapoal, Chili, 2006, Code SAQ : 10694149, Prix : 20,55 $

Archétype d’un merlot chilien assemblé avec un peu de cabernet sauvignon et de carmenère, le cépage emblématique du Chili. Très aromatique, muni d’une robe dense et foncée, ce rouge aux larges épaules offre un bouquet nuancé à l’intérieur duquel on perçoit des notes de prune, de mûre et de café. Des nuances de chocolat et de bois neuf couronnent le tout. La bouche est ample, pulpeuse et assez corsée tout en affichant une certaine souplesse. La prune et la mûre dominent et sont escortées par des saveurs de café et de vanille. Un passage en carafe favorisera l’expression de ses arômes. Excellent vin pour le barbecue.


Pouilly-Fumé, Domaine des Fines Caillottes, France, 2008, Code SAQ : 963355, Prix : 21,65 $

Un de mes coups de cœur de l’année, ce vin à base de sauvignon dévoile des arômes typiques du cépage comme le buis qu’on appelle aussi « pipi de chat ». L’anis se joint à l’ensemble, suivi de notes d’ananas et de pomme confites. Des notes minérales sont perceptibles en toile de fond. La bouche est nuancée, fraîche et dominée par le fruit. De plus, il est doté d’une longue finale. À déguster avec des poissons goûteux comme la morue au vin blanc et au fenouil.

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Jean-Louis Doucet
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