La chronique vinicole

Questions et réponses (prise 2)

Je me permets de récidiver et de répondre aux questions qui me sont posées par les lecteurs.

Question de Josée :

Quelle est la durée de vie du rosé Château Bellevue La Forêt 2008 ? (ma bouteille couchée est au frais depuis l'automne 2009)

Lorsqu'un vin est au frais depuis un certain temps (mon cas), peut-on le remiser dans une armoire ou doit-on continuer de le laisser au frais ?

Réponse :

Les vins rosés ont en général une longueur de vie plus courte que la plupart des vins rouges ou blancs. On parle normalement d'une « espérance de vie » qui varie entre trois et dix ans (dans le cas d'un Tavel par exemple). En 2009, j'ai eu l'occasion de déguster un Château Bellevue La Forêt 2002 et je dois dire que ce fut une belle expérience. J'avais l'impression de boire un très vieux vin. Je ne crois pas qu'il aurait pu tenir la route plus que deux ou trois ans de plus toutefois.

Pour répondre à la deuxième question, idéalement la température de garde de n'importe quel vin se situe entre douze et quinze degrés. Plus froid que douze degrés, le vin vieillira plus lentement et il y a des chances qu'il ne développe pas tout son bouquet. À l'inverse, il vieillira prématurément (et mal) si la température est plus élevée que quinze degrés.

Suite à ma réponse, voici un deuxième courriel de Josée :

Bonjour et merci beaucoup de vos précisions !

Je réitère cependant ma deuxième question en vous offrant plus de détails :

Je désire offrir mon rosé Château Bellevue La Forêt 2008 en CADEAU d'hôtesse. Cette dernière peut-elle remiser (dans une armoire) le rosé jusqu'à un service ultérieur OU doit-elle le remettre au frais dès réception ?

Réponse :

Comme je le disais, la température idéale se situe entre douze et quinze degrés. Le fait d'avoir gardé le vin au frais pendant un certain temps ne change rien. Ce que je comprends c'est qu'il a été gardé au frigo pendant un certain temps. Le frigo n'est pas l'endroit idéal pour conserver le vin, mais, mis à part un possible développement de cristaux de tartre, cela ne doit pas l'avoir abîmé, mais cela a possiblement retardé l'épanouissement de son bouquet. Si votre hôtesse décide de le remiser dans une armoire, il est fort possible que la température soit trop élevée pour qu'elle puisse le conserver pendant plus d'une année ou deux. Si elle pense le boire dans les prochaines semaines ou les prochains mois, le frigo est une meilleure option que l'armoire.

Question de Michel :

Je voudrais tout d'abord vous féliciter et vous remercier pour votre site Web. Vraiment super.

J'aurais une petite question au sujet du « titre » de sommelier.

Je suis une personne qui déguste le vin depuis une dizaine d'années environ et j'ai tout appris moi-même de façon autodidacte. Je fais aussi partie d'un groupe qui s'amuse à cuisiner avec les plus grands chefs du Québec.(Stéphane Modat était d'ailleurs notre dernier invité) et mon rôle est de choisir les vins qui s'agenceront avec chacun de ceux-ci. C'est une longue introduction pour ma petite question soit : Est-ce que le « titre » de Sommelier peut m'être attribué ou dois-je absolument avoir gradué ou avoir une carte de certification quelconque pour pouvoir utiliser le « titre » de sommelier. Je suis membre du ACSP et de l'Amicale des Sommeliers.

Réponse :

Merci pour vos commentaires, c'est très apprécié. Pour ce qui est du « titre » de sommelier, je ne connais pas votre niveau de compétence, mais ce que je peux déduire c'est que vos connaissances sont équivalentes à plusieurs diplômés d'une école hôtelière. On peut très bien recevoir le titre de sommelier, sans pour autant avoir suivi un cours, sauf que ça aide. Alain Bélanger est un des plus grands sommeliers que le Québec ait connu. Il a terminé 3e au concours du meilleur sommelier du monde en 2000. Il est autodidacte. Cela dit, personnellement, lorsque j'ai suivi mon cours de sommellerie, j'avais déjà plusieurs années de restauration derrière la cravate, 22 ans pour être précis. Je croyais connaître le vin, mais j'avais tort. J'avais presque toutes les pièces du puzzle, mais elles étaient toutes mélangées et le cours, en plus d'ajouter les pièces manquantes, les a toutes remises en place. C'est pourquoi je recommande de suivre le programme de sommellerie. Je me permets aussi d'ajouter que plusieurs personnes s'attribuent le titre de sommelier alors qu'ils ont des connaissances limitées en la matière ou parce qu'ils font partie d'un groupe de dégustation comme l'amicale des sommeliers (organisation qui accepte n'importe quel amateur de vins) ou des chevaliers de Bacchus. C'est comme pour n'importe quel métier. J'ai personnellement construit un cabanon et un patio et je ne me considère pas comme étant menuisier pour autant.

Question d'Annie :

J'aimerais pouvoir développer mes connaissances en œnologie et en sommellerie, mais malheureusement je ne peux retourner aux études à temps plein puisque ces cours ne se donnent qu'à des heures où je travaille malheureusement.

Toutefois, je crois qu'il y a d'autres moyens de s'y prendre. Et c'est ici que je vous demande conseil question de ne pas gaspiller mon argent sur des livres incomplets ou des formations qui coûtent trop cher pour mes moyens.

Avez-vous quelques titres de livres à me suggérer ou peut-être connaissez-vous des formations qui en valent le coût ?

Réponse :

L'œnologie et le monde du vin sont des mondes complexes et parfois difficiles à comprendre. C'est un travail de longue haleine, mais il est possible de bien s’instruire par soi-même avec des livres bien faits. Celui que je conseille le plus est « Le Petit Larousse des Vins ». Il s’agit d’un livre complet sur le sujet qui vous renseigne sur tous les aspects du vin, de l’œnologie et de la sommellerie. Vous pouvez aussi acheter « Le Larousse des vins », mais il est beaucoup plus cher (79,95 $ chez Renaud-Bray versus 34,95 $). Après avoir passé à travers cet ouvrage peut-être serez-vous tentée de parfaire vos connaissances sur certains sujets précis. En complément de la lecture, il y a bien entendu la dégustation. Ce que je vous conseille c’est de lire un chapitre et ensuite de mettre en pratique la matière étudiée. Par exemple; si vous lisez un chapitre sur la Bourgogne, achetez un vin de cette région et dégustez-le en tentant d’identifier les odeurs et les différents caractères propres aux cépages et aux appellations. Vous formerez votre goût et aurez un meilleur portrait de la région.

Les suggestions de vins de la semaine :

Cette semaine j'ai dégusté deux produits du même producteur. Les deux m'ont séduit et c'est avec plaisir que je vous les recommande.

Chianti-Classico Riserva, Piccini, 2007, Code SAQ : 11768795, Prix : 20,15 $

Déjà au premier coup d'œil, sa robe rubis plutôt profonde nous invite à y plonger notre nez. D'agréables nuances de fraise et autres baies rouges s'expriment d'emblée. Des accents d'épices douces ainsi que des notes de fumée suivent. En bouche, l'attaque est franche et démontre une bonne amplitude avec des tannins affichant une certaine tension sans pour autant que cela nous incommode. Le fruit domine le milieu de bouche. On dénote une bonne acidité et des intonations de cuir en finale. Excellent rapport qualité-prix. Il devrait bénéficier d'une mention coup de cœur dans une édition future de mon guide. À boire avec une côte de veau grillée ou un ragoût de bœuf à la Toscane.

Brunello di Montalcino, Villa al Cortile, Piccini, 2006, Code SAQ : 11794301, Prix : 29,05 $

Dégusté juste après le Chianti-Classico Riserva de la même maison, ce Brunello m'a vraiment séduit pour l'étendue de son bouquet et la finesse de ses arômes. Les vins en provenance de ce coin de l'Italie sont généralement vendus beaucoup plus cher à la SAQ. Doté d'une robe rubis moyennement profonde, il attise nos papilles grâce à ses reflets tuilés, signe d'une évolution certaine (prématurée ?). Au nez, il dévoile un bouquet expressif d'où jaillissent d'intenses notes de fruits rouges accompagnées de nuances de café et de chêne. En filigrane, on détecte aussi d'agréables accents de rancio. La bouche est ample, pleine de fruits, avec une trame tannique élastique empreinte d'une jolie finesse. À noter son agréable acidité, qui en fait un candidat idéal pour les mets à base de tomate. De plus, il est doté d'une longue finale marquée par les baies rouges. Un osso buco ou des pâtes fraîches sauce tomate et pesto se marieront à merveille avec ce vin.

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Jean-Louis Doucet
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