La chronique vinicole

Visite du salon des vins d’Italie

La visite d’un salon comme celui de « la dégustation de vins & Grappa d’Italie » (salon tenu à Montréal le 7 novembre 2006), considéré comme l’événement du genre à ne pas manquer au Québec, est quelque chose de particulier, une expérience extraordinaire qui n’a pas son pareil ici. Presque tous les grands producteurs et leurs agences respectives y sont représentés. Et ils y mettent le paquet pour épater la galerie en sortant, pour la plupart, leurs meilleurs produits. Faire le tour du salon en l’espace de quelques heures est un exploit presque impossible à réaliser. Les gens se bousculent, jouent du coude pour goûter aux fins nectars qu’on leur offre. Les agents travaillent fort devant toute cette agitation et certains d’entre eux semblent dépassés par les événements. Mais je dois les féliciter pour leur disponibilité et leur grande générosité.

J’en étais à ma troisième expérience à ce fameux salon et en ce qui me concerne et de l’avis de ceux qui m’accompagnaient cette journée-là, ce fut la meilleure édition en quatre ans d’existence. On y retrouvait plusieurs vins issus du millésime 2004 et même si la plupart des produits n’étaient pas prêts à boire, on peut d’ores et déjà affirmer qu’on a affaire à un très très grand millésime. Un millésime qui nous offre des produits structurés, équilibrés et complexes, moins concentrés que ceux issus du millésime précédent, mais généralement plus fins et plus souples.

Des coups de cœur j’en ai eu plusieurs, des surprises aussi. Malheureusement plusieurs de ceux-ci ne sont pas encore ou ne seront jamais offerts à la SAQ, ou ne sont disponibles qu’en importation privée. En voici quelques-uns :

Ma surprise du salon est venue d’un vin issu à 100 % du cépage Lacrima de la maison Marotti Campi (Marche), le Lacrima di Morro (DOC) Orgiolo 2004 (non disponible à la SAQ). Un vin rouge quelque peu insolite, léger et souple avec des arômes très prononcés de rose. J’avoue avoir été quelque peu dérouté au début, mais j’ai été séduit par sa souplesse et son côté très savoureux en bouche. Je n’ai pas de difficulté à imaginer ce vin accompagner un filet de porc ou un thon rouge et même un thon yellowfin.

De la maison Marchesi Mazzei (Toscane) j’ai adoré le Poggio alla Badiola 2004. Issu à 75 % de Sangiovese et à 25 % de Merlot, cet IGT Toscana m’a semblé plus savoureux que dans les millésimes précédents. Ce « petit vin » de la maison Mazzei n’a rien à envier à ses grands frères, et à seulement 16,90 $, il représente une des meilleures aubaines de l’année. J’oserais dire qu’il est déjà prêt à boire, mais une attente d’un an ou deux ne lui fera pas de mal non plus. Juteux et concentré à souhait, ce vin offre des arômes de prune, de cuir et il est légèrement fumé. En bouche, il m’a surpris par son ampleur et sa longueur. Très beau. La maison Mazzei offre aussi d’autres très beaux produits comme le Fonterutoli 2004, le deuxième vin du Castello di Fonterutoli (malheureusement non représenté à ce salon) et aussi le Tenuta Belguardo 2003 (cher à 82,00 $, mais combien savoureux) et le deuxième vin de celui-ci, le Serrata di Belguardo 2004. Tous ces produits ont cependant besoin d’un vieillissement minimum d‘un à trois ans avant d’être consommés et d’être appréciés à leur juste valeur.

La maison Donnafugata (Sicile) nous a offert, encore une fois, des produits tout à fait ravissants. Il y avait bien entendu le savoureux Passito di Pantelleria (DOC) Ben Ryé 2005. Un vin liquoreux qui offre un nez explosif et concentré. Un vin qui sent bon l’abricot confit, l’ananas et la mangue. Du vrai bonbon. Sucré sans excès, il accompagnera gaiement une tarte aux fruits frais. Une dépense onéreuse pour plusieurs, mais si vous avez le goût de vous gâter, allez-y! Le Contessa Entellina (DOC) Chiarandà 2004 à base d’Ansonica et de Chardonnay, dans des proportions égales, m’a semblé encore meilleur qu’à l’habitude avec des arômes évolués, complexes, de pomme, de poire, de beurre frais et de pain grillé. Il vaut chacun des 35,00 $ qu’on demande pour ce vin.

La maison piémontaise Poderi Colla nous a offert, comme c’est son habitude, des vins droits qui subliment la pureté des cépages dont ils sont issus. Le Barbera d’Alba (DOC) Costa Bruna 2004 de Poderi Colla (importation privée) fut à mon avis le meilleur Barbera que j’ai goûté ce jour-là. Un Barbera typique, fruité (cerise noire), concentré, juteux et plein de finesse. Le Nebbiolo d’Alba (aussi en importation privée) fut tout aussi savoureux. Un vin à la fois costaud et délicat. Une main de fer dans un gant de velours, quoi. Pour ce qui est des deux autres produits offerts à la SAQ (dans des millésimes différents toutefois), le Bricco del Drago 2003 (DOC Langhe) et le Barolo (DOCG) Dardi Le Rose Bussia 2001; le premier m’a semblé plus costaud qu’à l’habitude (millésime de chaleur) avec des notes de goudron et beaucoup de fruits. En ce qui concerne le Dardi Le Rose Bussia 2001, j’ai apprécié sa droiture et sa finesse.

La livrée 2001 des produits de la maison Fattoria dei Barbi (Toscane), m’est apparue encore plus savoureuse qu’à l’accoutumée. Très charmeurs, bien faits et confiturés (fraise, framboise), les Brunello-di-Montalcino et Brunello-di-Montalcino Riserva de cette maison toscane sont des valeurs sûres. Et que dire du Brunello-di-Montalcino 2001 Vigna del Fiore… un vrai délice. Un peu trop charmeurs aux dires de certains; si c’est le cas, je me suis laissé prendre au charme sans offrir de résistance, pour mon plus grand plaisir.

Cependant, mon plus gros coup de cœur n’est pas venu d’un vin, mais d’une maison productrice de Grappa, distillateurs en Frioul, la maison Nonino. Tous leurs produits sont de véritables petits trésors. Je dois l’avouer, je ne suis pas à priori un grand amateur de Grappa, mais cette maison, par la qualité et la diversité de ses produits, m’a complètement séduit. À commencer par la délicieuse Grappa Monovitigno (monocépage) Moscato. Une Grappa légère, douce et fruitée. Dans la Grappa Chardonnay Barriques, on retrouve le côté typique du cépage. Elle offre un nez concentré, épicé, avec du caractère, et en bouche une texture grasse et typique du Chardonnay. Mais le summum du charme est venu d’une liqueur, l’Amaro Quintessentia (disponible en importation privée, je crois), une infusion d’herbes des montagnes, tout à fait délicieuse, offrant des arômes d’herbes, d’écorces d’oranges et d’abricot. Je n’ai pas, je m’en confesse, craché ce délicieux nectar et j’ai l’impression que ses arômes m’habitent encore… à donner des frissons.

Autres coups de cœur, de la maison toscane Michele Satta, je retiens trois produits : le Rosso Cavaliere 2001 (seul produit de ce producteur disponible en ce moment à la SAQ, 38,25 $), un très bel IGT Toscana issu à 100 % du cépage Sangiovese. Très concentré et puissant, avec des arômes de cuir et de prune. Le Bolgheri Rosso Michelle Satta (DOC) 2004 (30 % de Cabernet, 30 % de Sangiovese, 30 % de Merlot, 10 % d’autres cépages), du vrai bonbon, très confituré (fraise, cerise noire). En blanc, un IGT Toscana, le Bianco Costa di Giulia 2005, un vin issu d’un assemblage à 65 % de Vermentino et à 35 % de Sauvignon. Très beau vin, complexe, il offre des arômes d’ananas, de pomme verte avec des notes légèrement anisées et de fumée. Sa longueur en bouche fait de ce vin un produit tout à fait exceptionnel.

Je ne peux parler de tous les vins auxquels j’ai goûté ce jour-là, mais je m’en voudrais de ne pas souligner quelques produits tout à fait dignes de mention : du producteur vénitien Gerardo Cesari, le Valpolicella Superiore (DOC) Ripasso Bosan 2004 et aussi l’Amarone della Valpolicella Classico Il Bosco 2001. Deux produits d’une très grande qualité. De la maison vénitienne Masi, les toujours impeccables Brolo di Campofiorin (IGT Rosso del Veronese) et toute la gamme d’Amarone della Valpolicella. Tous les Barolos de la maison Monfalletto Cordero di Montezemolo m’ont semblé très bons et bien faits, particulièrement le Barolo Enrico VI 2001. La maison Rocca delle Macìe nous a offert des produits d’une grande qualité.

Je passerai sous silence les quelques déceptions que j’ai eues. Pour être politiquement correct, je dirais que c’est une question de goût personnel. Il y a beaucoup d’autres produits que je n’ai pas eu la chance de goûter et qui auraient certainement mérité d’être louangés dans cette chronique, mais comme je l’ai dit plus haut, faire le tour de ce salon en quatre heures, moins le temps passé à faire la file pour entrer (un système à repenser) c'est-à-dire une bonne demi-heure, c’est presque impossible à réaliser.

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Jean-Louis Doucet
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