La chronique vinicole

Les vins du Domaine Lamarche

Le 12 février 2007, dans le cadre des lundis V.I.P., l’agence Bénédictus nous conviait au restaurant Globe à Montréal pour la présentation des vins du Domaine François Lamarche ainsi que ceux du Domaine Jean-René Nudant. C’est dans une atmosphère surexcitée, au son d’une musique tonitruante, que s’est déroulée cette dégustation fort appréciée de la part des participants. J’étais personnellement très fébrile à l’idée de déguster des vins aussi merveilleux que ceux du Domaine Lamarche en particulier. D’autant plus que nous avions droit à deux verticales soit celle du Grand Cru Clos Vougeot et aussi d’un autre sublime Grand Cru La Grande Rue, lesquels sont issus du Domaine Lamarche qui est un monopole familial.

Les vins du Domaine Jean-René Nudant :

En guise de mise en bouche, nous avons eu droit aux vins du Domaine Jean-René Nudant. Le premier vin dégusté fut le Hautes Côtes de Nuits 2004, blanc. Un vin à la robe de couleur paille, au nez assez simple marqué surtout par des parfums de pomme verte. Une bouche toute en fraîcheur avec une légère touche minérale et des arômes de pomme verte en finale.

Le Ladoix 1er cru les Gréchons 2004, blanc fut marqué par des notes boisées et de fumée, un détail qui m’a quelque peu agacé parce j’ai trouvé qu’il masquait le fruit. Peut-être est-ce dû au millésime difficile dont il est issu, je n’en sais rien. Mais le vin n’était pas à dédaigner pour autant. Il offrait une belle structure en bouche avec des arômes de pommes caramélisées sur fond boisé.

Avec le Corton Charlemagne 2005, nous avons eu droit à un premier grand moment de plaisir. Même en prime jeunesse, ce vin à la robe paille, aux notes de pomme verte, de poire, de brioche et de caramel écossais, m’a complètement séduit. La bouche est gourmande, à la limite légèrement « bonbon » à cause de sa jeunesse sans doute, mais le potentiel est indéniable surtout lorsqu’on constate sa longueur en bouche.

Le premier rouge dégusté fut le Ladoix 1er cru la Corvée 2004. Même constat que le Ladoix 1er cru les Gréchons 2004 en ce qui concerne les notes de fumée. La robe est grenat et le nez dégage, mis à part des notes de fumée, des parfums agréables de pain d’épices et de cannelle. La bouche est structurée, les tannins sont jeunes et serrés, mais le potentiel est là.

Nous avons continué avec le Aloxe-Corton 1er cru Clos de la Bouillotte 2004. Un rouge ferme et un peu vert, mais très bien fait et fruité. La bouche est marquée par des arômes de fraise et de griotte sur une finale un peu sèche.

Somme toute, ces vins étaient d’une grande qualité, mais c’est comme lorsqu’on va voir un spectacle et qu’il y a une première partie. On l’écoute d’une oreille, mais dans notre for intérieur, on attend le spectacle principal.

Les vins du Domaine François Lamarche :

Déjà avec le premier vin, Vosne-Romanée 1er cru les Chaumes 2004, on savait qu’on avait affaire à quelque chose de grandiose. Je dois préciser que les vins du Domaine Lamarche sont tous mis en bouteille sans avoir subi de collage ni de filtration. À l’œil, la robe est moyennement sombre et d’une bonne densité. Le nez dégage des parfums de noix, de fraise et de framboise et aussi de champignon. En bouche, le fruit s’exprime davantage et la finale, légèrement amère, nous laisse sur des arômes de cuir et de noisettes. À revoir dans deux ou trois ans.

La dégustation s’est poursuivie avec le Vosne Romanée 1er cru les Malconsorts 2004. Très beau vin complexe et fin avec des notes de fraise, de griotte et de truffe noire. La bouche est structurée, ample et savoureuse. Même s’il est issu d’un millésime difficile, il ne m’a pas semblé en avoir trop souffert ou à tout le moins il a bénéficié de bons soins.

Le premier grand moment est venu avec l’Échezeaux Grand cru 2004. J’ai été étonné par la concentration de sa robe. Au nez, on note des parfums de cerises macérées dans l’alcool, d’épices et de fraises. La bouche est structurée, ample et les tannins sont bien présents.

Avec l’Échezeaux Grand cru 2005 nous sommes entrés dans un autre monde. On a affaire à un vin à la robe foncée et dense. Au nez, le vin dégage des parfums de fumée, de fruits confits et d’épices. En bouche, le vin est puissant, gourmand et très juteux. Un pur moment de délice.

Nous avons ensuite eu droit à une verticale du Clos de Vougeot sur les millésimes 2004, 2005, 2002 et 1999. J’ai compris après voir goûté aux trois autres, pourquoi on nous a servi le millésime 2004 en premier. Je dois dire qu’il était savoureux, complexe, plein de fruits et tout, mais les trois autres qui ont suivi étaient tout simplement sublimes. Le millésime 2005 fut mon préféré. Tout en fruits, des fruits confits comme la fraise, la framboise et la mûre. Avec des notes légèrement épicées et champignonnées. En bouche, on reconnaît la qualité du très grand millésime dont il est issu. L’équilibre et la qualité des tannins font miroiter un avenir fabuleux à ce vin d’une classe à part.

Le millésime 2002 nous a offert un vin qui présentait des arômes d’évolution. Les notes de venaison, de noix et de sous-bois se côtoyaient et accompagnaient merveilleusement les parfums de fruits bien définis. La bouche friande à souhait m’a donné des frissons.

Le millésime 1999 du Clos de Vougeot a laissé certains de mes collègues perplexes. Les notes viandées, de venaison et de champignon escortaient les arômes de cerise noire, de mûre et de framboise. Un peu déroutant pour certains, mais pour moi, ce fut un pur enchantement. En bouche, la trame tannique était encore bien solide, mais c’est surtout la finesse des tannins qui m’a séduit. Un grand moment.

Mais en parlant de grand moment nous n’étions pas au bout de nos surprises. Je dois dire que j’ai déjà vécu des jours plus sombres comme dégustateur que celui-ci. Pour ceux qui l’ignorent La Grande Rue est probablement le meilleur Pinot Noir de la Côte de Nuits après La Tâche qui se situe juste à côté et par le fait même l’un des meilleurs au monde. Je m’attendais donc à ni plus ni moins qu’un très très grand moment et je ne fus pas déçu. Par contre, et ce, même si j’ai goûté à plusieurs Pinot Noir dans ma vie et que je sais que ce cépage peut donner des résultats très différents d’un endroit et d’un producteur à l’autre, je fus étonné de constater la grande concentration des vins présentés tant au niveau de la densité de la robe que de l’intensité aromatique.

La verticale a débuté avec le 2004. Le nez s’ouvre sur de puissants parfums d’épices, de cuir, de fumée et de kirsch. La bouche est savoureuse avec trame tannique solide. Les arômes de cerises noires côtoient les épices et la finale, légèrement amère, s’achève sur des notes de cuir.

Le 2003 fut nettement le plus fringant et celui offrant le plus d’arômes de fruits confits. Autant au nez qu’en bouche, le vin offrait une complexité et une structure exceptionnelles. Les parfums de fraise confite, de framboise, de mûre et de kirsch s’alliaient aux notes d’épices, de torréfaction (café, cacao) et de cuir pour former un ensemble savoureux et harmonieux.

Le 2002 m’a carrément transporté dans un autre univers. C’est un vin qui allie complexité, concentration, puissance, équilibre, volupté et harmonie. Fait à souligner, la robe de ce vin était légèrement plus pâle que celle des deux précédents. Au nez, on peut détecter des arômes d’évolution rappelant l’étable, le sous-bois et la truffe noire. Le tout accompagné de notes évoquant la cerise noire, la fraise, la framboise et les épices. En bouche, les arômes détectés au nez s’affirment davantage et la finale qui s’étire et s’étire nous laisse sur des arômes de cerise noire et de cuir. Une pure merveille.

Comme si ce n’était pas suffisant, nous avons eu affaire avec le 2005, à un vin tout à fait délicieux, juteux et plein de saveur avec un bouquet dominé par le fruit et les épices avec en plus des notes très marquées de chocolat noir. En arrière-plan, on peut détecter des arômes de truffe noire, de cuir et de café. En bouche, c’est un modèle de puissance qui n’a rien à envier à certains Cabernets, mais avec plus de finesse et de complexité. J’imagine ce vin dans une dizaine d’année et rien que d’y penser, je salive.

En principe, dans une dégustation, le vin qui suit ne doit jamais faire regretter celui qui l’a précédé et force est d’admettre qu’avec le 1999 les hôtes de la soirée, l’agence Bénédictus et bien entendu Madame Marie-Blanche Lamarche, nous avaient réservé un véritable bijou qui fit en sorte de respecter avec brio cette règle. Nous avons eu affaire à un vin tout à fait viscéral, presque glouton. La robe était nettement la plus pâle du lot, mais d’une belle profondeur. Le nez est aromatique à souhait et offre un bouquet complexe de noix, d’étable, de foin coupé, de venaison, de sous-bois et de champignon, sans oublier un fruit bien présent. La bouche est extrêmement savoureuse et les arômes détectés au nez s’affirment davantage et créent un ensemble où toutes les saveurs sont bien définies et distinctes. Un pas de plus et c’était le Paradis. Vraiment merveilleux.

Remerciements :

J’aimerais remercier l’agence Bénédictus et son représentant Benoît Lecavalier pour ce pur moment de bonheur ainsi que Madame Marie-Blanche Lamarche qui, en plus de nous faire déguster ses grands vins, nous a fait l’honneur de nous accompagner à notre table pour un souper en toute simplicité. Une femme qui pourrait aisément se pavaner, mais qui au contraire est toute simple, pleine de gentillesse et attentionnée. Un grand moment que je vous disais.

Haut de page


Pour accéder aux publications précédentes, cliquez ici.    Pour voir mes plus récents livres en librairie, cliquez ici.

Jean-Louis Doucet
Votre cyber-sommelier



© Tous droits réservés / All rights reserved        lecyber-sommelier.com