La chronique vinicole

Bordeaux sous le même toit

Il paraît que le millésime 2009 en sera un d’exception. Voilà une bonne nouvelle pour les amateurs de vins de cette région. Dernièrement, je suis allé à une dégustation de produits de la région de Bordeaux dans le cadre de la campagne promotionnelle de « Bordeaux sous le même toit ». La plupart des vins présentés étaient sous la barre des 30 $. En plein dans la palette de prix qui m’intéresse. Plusieurs vins ont été présélectionnés pour mon guide de l’an prochain et parmi ceux-ci plusieurs ont bénéficié de la mention coup de cœur. Ceci étant dit, ce n’est pas tellement la qualité des vins en provenance de cette appellation qui a retenu le plus mon attention, mais un document qui nous a été remis et qui trace le bilan de la région bordelaise pour l’année 2009. Je vous ferai grâce de certains détails fastidieux, mais il y a des choses qui ont retenu mon attention plus que d’autres. Voici donc un résumé de ce document aussi intéressant que révélateur.

Bordeaux 2009, un millésime haute couture

Bordeaux est synonyme de classe et de luxe. Pas étonnant de comparer ses vins à un autre produit de luxe, à savoir la haute couture. Donc, si on lit à travers les mailles, le millésime 2009 en sera un de très haute qualité, et ce, autant pour les blancs secs, les liquoreux, les rosés et les rouges. C’est une bonne et une mauvaise nouvelle. Une bonne parce que les vins seront de bonne qualité. Une mauvaise parce que cela est annonciateur d’une hausse de prix, surtout en ce qui concerne les vins de prestige. Ce qui veut dire qu’une majorité de consommateurs ne seront pas en mesure de se payer les meilleurs vins de cette région et devront se rabattre sur les produits de second ordre.

Commercialisation

Il y a des chiffres absolument incroyables qui ressortent ici. Saviez-vous qu’il s’est vendu 661 millions de bouteilles bordelaises, toutes appellations confondues, en 2009 pour un chiffre d’affaires de 3,37 milliards d’euros ? C’est plus de cinq milliards de dollars canadiens. Le tiers des vins sont expédiés hors des frontières françaises. De ce nombre, 56 % sont acheminés dans des pays de l’Union européenne alors que 44 % de la production est exportée dans le reste du monde. L’Allemagne est le plus grand importateur, suivie de la Belgique et du Royaume-Uni. En ce qui concerne le reste du monde, c’est la Chine qui domine, suivie des États-Unis et du Japon. Si l’Allemagne est le premier pays importateur de vins bordelais en terme de volume, elle vient au quatrième rang en ce qui a trait à la valeur de ces importations. Le Royaume-Uni est premier à ce chapitre. Dans le même ordre d’idée, la Chine, qui est le quatrième pays importateur au monde, arrive au huitième rang en termes de la valeur de ces importations. Les États-Unis, qui sont le cinquième pays importateur en volume, arrivent deuxièmes en termes de valeur.

Le Canada, quant à lui, arrive au septième rang en volume et au neuvième rang en termes de valeur (53 millions d’euros). Cela représente une baisse de 9 % par rapport à 2008 en termes de volume. Là où les chiffres sont encore plus révélateurs, par contre concerne la valeur de ces importations puisque la baisse à ce chapitre au Canada est de 21 %. Il faut dire que la devise européenne a baissé sur le marché monétaire mondial, mais cela n’explique pas entièrement cette baisse. En fait, la qualité des vins des appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieur et la longévité de celles-ci sont en grande partie responsables de cette situation. Donc, nous buvons bien à moindre coût.

Promotion des vins de Bordeaux

Saviez-vous que le budget de marketing du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) s’élève à 20,8 millions d’euros soit +- 33 millions de dollars canadiens ?

D’autres chiffres intéressants :

  • Le vignoble de Bordeaux est le plus vaste de toute la France en ce qui concerne les AOC. Il compte 117,500 hectares de vignes et comprend 60 Appellations d’Origine Contrôlée.

  • La récolte 2009 est de 5,7 millions d’hectolitres soit plus de 20 % par rapport au millésime précédent.

  • La taille moyenne des exploitations girondines est de 14,6 hectares.

  • Les cépages rouges sont majoritaires et représentent 89 % de la superficie du vignoble. Le merlot est le cépage rouge le plus planté (63 %) suivi du cabernet sauvignon (25 %) et du cabernet franc (11 %).

  • Les cépages blancs représentent 11 % de la superficie du vignoble. Le sémillon arrive premier avec 53 %, suivi du sauvignon (38 %) et de la muscadelle (6 %).

  • Il y a 8,650 viticulteurs, 300 maisons de négoces, 93 courtiers, 55,000 emplois directs et indirects soit 40 % de tous les emplois permanents de toute la France vinicole.

Les suggestions de la semaine :

Médoc, Le Grand Art, Vignerons d’Uni-Médoc, France, 2006, Code SAQ : 10753495, Prix : 20,70 $

J’en parle même si les stocks ne sont pas encore libérés, mais ils le seront sous peu. En espérant que ce soit le plus tôt possible. Cet assemblage de cabernet sauvignon (60 %) et de médoc (40 %) fut l’un de mes coups de cœur lors de la dégustation « Bordeaux sous le même toit ». Il s’agit d’un vin bien fignolé, élégant, structuré et bien équilibré. Affichant une robe rubis assez profonde, il dévoile au nez des nuances de fruits noirs, de café grillé, d’épices et de bois, mais sans surextraction. La bouche est ample avec des tannins bien sentis. Sa structure assez costaude affiche également une belle rondeur. Les saveurs qu’on y détecte sont en tous points semblables aux arômes perçus à l’olfaction et s’affirment avec aplomb et beaucoup d’harmonie. Un filet mignon à la sauce au bleu ou au poivre se mariera à merveille avec ce vin.


Médoc, Château Lousteauneuf, France, 2007, Code SAQ : 913368, Prix : 22,45 $

Ce cru bourgeois est l’archétype des vins de la Gironde. Amalgame de puissance, d’élégance, de rondeur et d’harmonie, ce rouge à la robe rubis moyennement profonde est le résultat de l’assemblage de cabernet sauvignon (55 %), de merlot (29 %), de cabernet franc (10 %) et de petit verdot (6 %). Il en résulte un vin expressif avec d’intenses notes de fruits noirs comme le cassis et la prune ainsi que des nuances de bois, de café torréfié et d’épices. La bouche est ample, structurée, mais tout en étant assez ronde avec des tannins soyeux. Les saveurs de fruits dominent et la finale assez longue nous laisse sur des flaveurs de café. Excellent faire-valoir de toutes préparations à base de bœuf.

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Jean-Louis Doucet
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